Le manifeste

Comprendre le modèle Cascade

Ce texte est une porte d'entrée dans la compréhension du modèle Cascade. Il ne s'agit pas ici de décrire les fonctionnalités précises de la plateforme, mais de donner les clefs pour comprendre le système Cascade à partir de trois notions : la contribution, la redistribution et les cycles.

Pourquoi s'intéresser à ce système ? Parce qu'il ouvre une voie concrète pour d'autres formes de développement économique, affranchies des logiques capitalistes : Cascade permet à des structures comme les tiers-lieux, coopératives, associations ou collectifs militants de collecter et gérer les contributions qui soutiennent leurs activités, sans lucrativité.

Lorsque l'enjeu n'est plus de dégager un profit, mais de permettre à une activité d'exister et de durer, un champ immense de nouvelles possibilités s'ouvre. La lucrativité, en imposant des logiques de compétition, de captation et de rente, étouffe la créativité et fracture les collectifs qui voudraient fonctionner autrement. À l'inverse, un modèle contributif comme Cascade rend possible un développement plus cohérent avec les finalités sociales, politiques ou écologiques portées par ces communautés.

Pour construire ce système, nous partons de pratiques existantes observées sur le terrain, auprès d'acteurs qui expérimentent déjà d'autres façons de produire et développer des services. Cascade en propose une formalisation générique capable de faire système.

Ce texte peut servir :

  • de guide pour comprendre le projet Cascade.
  • de support d'appropriation pour celles et ceux qui souhaitent contribuer à Cascade,
  • de référence pour penser autrement l'économie dans une perspective post-capitaliste.
Vocabulaire

Contribution, redistribution, cycles

Le terme « Cascade » désigne à la fois la plateforme, le système, et l'objet fondamental de collecte de fonds. Une cascade est une caisse contributive orientée vers un objectif défini, connectée à d'autres cascades dans un système mutualisé. Dans ce modèle, l'enjeu n'est pas d'accumuler le plus gros montant possible mais de sécuriser des activités dans le temps, en adaptant les contributions aux besoins réels. Chaque cascade devient alors une brique active d'un système économique mutualisé, interopérable, traçable et durable. La contribution et la répartition se présentent dans ce système comme les deux moments clés, se répétant en cycles temporels.

Contribution

Unité de base du système : l'ensemble des moyens, monétaires ou non, destinés à soutenir un objectif partagé.

Redistribution

Le régulateur interne du système : il ajuste les déséquilibres entre contributions reçues et objectif visé.

Cycles

Le rythme temporel du système : des périodes définies pendant lesquelles une cascade collecte ses contributions et active ses mécanismes internes.

01 — La contribution

La contribution, unité de base du système

Cascade est une plateforme de collecte et de gestion de fonds. Mais contrairement à ses concurrents, la contribution dans Cascade n'est pas un simple prix fixe.

Par contribution, on entend ici l'ensemble des moyens (monétaire ou non) destiné à soutenir directement un objectif partagé défini dans une cascade. Ce n'est ni un don, ni un prix, ni une taxe. Elle vise à participer à l'atteinte d'un objectif collectif.

L'objectif partagé est au cœur du mécanisme de contribution de Cascade. Il représente la quantité nécessaire à collecter durant un cycle déterminé pour permettre à un service d'exister ou à un projet d'aboutir. La contribution est le moyen de partager cet effort avec les autres membres d'une Cascade.

La contribution dans Cascade possède 5 attributs : elle est (1) adaptative, (2) à la source, (3) plurielle, (4) régularisable et (5) différable.

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La contribution est adaptative

La contribution Cascade s'ajuste à l'objectif collectif, contrairement aux modèles conventionnels qui fonctionnent par accumulation, où l'objectif est défini en privé et intégré dans un prix fixe en vue de réaliser le profit. Dans Cascade, un objectif auquel les contributions s'ajustent est toujours défini. Par exemple, si l'objectif de la part de base est de 100 € pour produire un objet ou financer un service, et que 10 personnes participent, chacune peut contribuer à hauteur de 10 € pour cette part. Si une onzième personne rejoint la cascade et que la répartition se fait automatiquement par tête, la part de chacun peut être ajustée à 9 €. Dans un système classique, le prix serait resté à 10 €, générant un surplus capté par l'opérateur.

Cet attribut de la part de base est d'autant plus puissant que le nombre de contributeurs augmente, lorsque sa répartition est automatique. Les autres parts de la contribution suivent une logique différente — ajustée à l'usage réel plutôt qu'au nombre de contributeurs — mais portent la même philosophie : ajuster l'effort demandé au besoin réel plutôt qu'à un objectif de profit. Cela rend possible une forme de communauté d'intérêt économique entre celui qui propose et celui qui bénéficie du service. C'est le fondement philosophique du modèle : penser une économie comme un effort partagé et non comme une simple transaction entre producteur et consommateur.

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La contribution est à la source

La contribution finance directement les différentes composantes du service. Par exemple pour un gite, l'hébergement est un service fourni distinctement de celui lié à la réservation par une plateforme. Contrairement aux modèles économiques conventionnels, où sous couvert de simplification le prix masque sa composition (souvent pour mieux intégrer le profit), la contribution Cascade a une structure de « prix composé » de 4 parts séparées :

  • la part de base, qui correspond à l'objectif porté par la cascade dont le montant reste le même quel que soit le nombre de contributeurs.
  • La part d'activité, qui correspond aux coûts qui augmentent proportionnellement aux nombre d'utilisateurs ou à leur activité.
  • La part activité réseau, qui correspond à la part d'activité des autres cascades auquel elle est connectée en tant que contributrice.
  • La part surcotisation, qui correspond à un surplus ajouté volontairement, de façon induite, ou par renoncement à une remise (« garde la monnaie »).

Chaque part est affectée à ce qu'elle finance, ce qui permet une grande transparence des flux. La part d'activité réseau est particulièrement intéressante, car lorsqu'une des composantes du service est elle-même structurée en cascade, la contribution d'un utilisateur peut nourrir directement plusieurs niveaux d'organisation. C'est par ce biais qu'est notamment réalisé le financement de la plateforme Cascade.

Ce principe va jusqu'au prélèvement : lorsqu'un coût est directement lié à un service externe fourni par une autre cascade (un outil numérique, une fédération, un partenaire du réseau), chaque contributeur peut le régler directement à sa source plutôt que de le faire transiter par une caisse intermédiaire qui pourrait en masquer ou en gonfler le montant. En contrepartie de ce paiement direct, il peut accéder à la gouvernance de la cascade ainsi rémunérée.

Cela transforme le service en un commun solidaire par construction. La structure du système crée l'interdépendance, et donc la robustesse collective.

cascade.coop — Cascade « Atelier partagé »

Objectif du cycle (part de base)

60 €

Contribution / chacun

9 €

Contributeurs actifs

10Ajusté automatiquement
525

Seule la part de base varie avec le nombre de contributeurs. Les autres parts reflètent un usage réel et restent inchangées.

Composition d'une contribution type (par contributeur)

Part de base

frais fixes, répartis également entre les contributeurs

6 €

Part d'activité

tarif fixe à l'usage, indépendant du nombre de contributeurs

2 €

Part activité réseau

contribution aux cascades connectées

0,7 €

Surcotisation

volontaire

0,3 €

Total

9 €

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La contribution est plurielle

La contribution est monétaire ou non monétaire (temps, compétences, apport de matériel, etc.). Pour dépasser le paradigme capitaliste qui transforme toute relation en marchandise, Cascade cherche à réconcilier la souplesse de l'argent avec la possibilité de faire fonctionner des services sous d'autres modalités que la transaction monétaire. L'objectif n'est pas de hiérarchiser les formes de contribution, mais de permettre leur cohabitation sur un pied d'égalité fonctionnelle. Cela permet notamment de réintégrer et de valoriser le travail bénévole, fréquemment mobilisé dans les modèles associatifs sans être reconnu comme une composante à part entière de la valeur produite. En l'absence de cette reconnaissance, on observe souvent des captations de valeur au moment où le service devient pérenne, au profit de celles et ceux qui savent habilement ensuite se positionner. Cascade prévient ces déséquilibres structurels par une traçabilité et une valorisation équitable de toutes les contributions, quelle que soit leur forme.

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La contribution est régularisable

Elle est ajustable après coup si l'objectif est difficile à définir. Ce mécanisme est particulièrement utile lorsque certaines composantes du service présentent une forte incertitude, rendant difficile la fixation d'un objectif au préalable. Par exemple, dans un contexte d'occupation temporaire, les coûts liés à la consommation d'eau, d'électricité ou de gaz peuvent fluctuer significativement selon les usages. De même, un restaurant qui fonctionnerait en mode cascade ne connaîtrait pas à l'avance le nombre de couverts d'un service donné, ce qui empêcherait de fixer un objectif à l'avance. Dans ces cas-là, la contribution est provisionnée, puis régularisée a posteriori, à la hausse comme à la baisse, en fonction de la réalité constatée. Cela permet une plus grande précision budgétaire tout en conservant la logique d'adaptation à l'objectif réel.

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La contribution est différable

Elle peut être engagée maintenant, versée plus tard. Ce mécanisme permet d'inclure des contributeurs qui, à un moment donné, ne disposent pas des ressources immédiates, mais souhaitent néanmoins manifester leur engagement. Le cas le plus fréquent est celui d'une structure en création ou en transition, qui peut déclarer une intention de contribution en amont (par exemple via une promesse ou un contrat moral), et la réaliser lorsque sa situation le permet. La contribution différée permet aussi d'anticiper une montée en charge progressive du service, en donnant du temps aux contributeurs pour apprécier le prix réel du service. Il renforce ainsi la soutenabilité collective, sans exclure celles et ceux qui sont en décalage temporel avec la dynamique financière.

Cascade propose donc une logique de contribution variable dans son coût, sa composition et sa nature, en opposition avec la majorité des systèmes classiques de collecte ou de tarification.

Cette souplesse permet à Cascade de rester équitable dans la dynamique collective, tout en offrant un outil précis pour l'ingénierie économique. Elle s'inscrit dans une logique de régulation dynamique qui prépare naturellement le terrain à la redistribution abordée dans la section suivante.

02 — La redistribution

La redistribution, régulateur interne du système

Les attributs de la contribution visent à limiter en amont la création de surplus ou de déficit, en ajustant les apports à un objectif défini collectivement. Toutefois, cela ne permet pas de garantir nécessairement l'équilibre immédiat entre les contributions reçues et l'objectif à atteindre. Cet équilibre est envisageable lorsque le nombre de contributeurs et le montant visé sont compatibles avec les capacités réelles du groupe, dans des proportions telles que l'adaptation reste acceptable pour tous. En effet, des déséquilibres apparaissent fréquemment dans la pratique :

  • soit un déficit, lorsque l'objectif n'est pas atteint car l'effort demandé excède les capacités réelles du collectif.
  • soit un surplus, lorsque les apports dépassent ce qui était nécessaire sans que l'ajustement n'ait pu l'endiguer.

S'il est facile de comprendre comment une cascade peut être déficitaire (manque de ressources et de contributeurs), le surplus peut résulter de dynamiques plus fines à saisir. Le surplus peut être :

  • volontaire, lorsqu'un contributeur choisit de donner davantage (surcotisation).
  • induit, comme résidu mécanique après ajustement des contributions, celui-ci pouvant être important dans le cas où un service a un cout de reproduction très faible avec un fort nombre de contributeurs (comme ça peut être le cas pour un outil numérique mature).
  • réactionnelle, par exemple si un contributeur régularisé à la baisse décide de laisser la différence (« garde la monnaie »).

Puisque Cascade fonctionne par cycles, ces déséquilibres ne sont pas figés dans le temps :

  • un déficit peut s'accumuler et constituer une dette collective que les contributeurs choisissent de résorber au fil des cycles.
  • un surplus doit être mobilisé : il peut contribuer à la réduction d'une dette, soutenir une autre cascade, diminuer temporairement les cotisations, ou être mis en réserve pour un usage futur.

L'action sur le surplus ou sur le déficit est déterminante pour réguler adéquatement la cascade. Si son exécution peut être automatisée par des règles définies à l'avance, le choix de ces règles reste un processus de décision collective.

03 — Les cycles

Les cycles, rythme temporel du système

Les contributions et la régulation s'effectuent dans le temps selon des cycles : il s'agit de périodes temporelles définies (par exemple un mois, un trimestre, un semestre), pendant lesquelles une cascade collecte des contributions et active ses mécanismes internes (adaptation à l'objectif, redistribution, régularisation, gouvernance, etc.).

Les cycles sont essentiels car ils donnent du rythme à la vie économique d'un projet ou d'un collectif : ils permettent de structurer les temps forts, d'aligner les ambitions de développement, d'adapter les contributions à la temporalité des besoins (lents ou rapides) et de programmer des moments réguliers de régulation.

Ils incarnent une forme de respiration du modèle économique de Cascade, en encadrant la circulation des contributions dans le temps, tout en ouvrant des fenêtres de délibération démocratique sur des éléments concrets, mesurables, et situés. Ils sont de deux types :

Cycles finis

Pour des projets à échéance (ex. campagne, événement, développement ponctuel).

Cycles continus

Pour des activités ou services récurrents (ex. plateforme, tiers-lieux, coopérative, etc.).

Les cycles définissent aussi un caractère essentiel de la contribution : sa fréquence. Un contributeur peut participer à chaque cycle et ainsi s'inscrire dans une logique récurrente, ou bien ne contribuer qu'une seule fois ponctuellement. Cette distinction est importante car elle influence la manière dont on pense la légitimité des contributeurs à participer à la gouvernance d'une cascade.

Un contributeur actif sur plusieurs cycles peut être considéré comme plus directement impliqué dans la dynamique du projet, tandis qu'un contributeur ponctuel peut avoir un rôle plus limité. Pour éviter les effets de passager clandestin ou de captation opportuniste des processus décisionnels, des mécanismes de seuil peuvent être mis en place. Ceux-ci permettent, par exemple, de réserver certaines décisions aux contributeurs ayant participé à un nombre minimum de cycles, ou ayant engagé un certain niveau de contribution sur la durée.

Cette approche permet de relier la fréquence de contribution à un degré d'implication reconnu, sans exclure ceux qui ne peuvent contribuer que ponctuellement. Elle participe ainsi à une gouvernance plus juste et plus contextuelle, en valorisant l'engagement réel dans la durée.

Où en est Cascade aujourd’hui

De l'outil actuel à la vision Cascade

Le Cascade d'aujourd'hui n'est pas une version dégradée de cette vision : c'est sa fondation. Les modèles de souscription, les contributions typées et la structure en cascades posent déjà l'architecture concrète sur laquelle les mécanismes décrits plus haut viendront s'appuyer.

Aujourd'hui

Un modèle de souscription fixe un montant paramétré une fois pour toutes.

Demain

La part de chacun dans un objectif partagé s'ajuste automatiquement au nombre de contributeurs actifs — la même mécanique, appliquée en continu.

Aujourd'hui

Une contribution est typée Fixe, Adaptative ou Ponctuelle, mais reste un montant unique par ligne.

Demain

Chaque contribution se décompose en 4 parts explicites — base, activité, activité réseau, surcotisation — pour une transparence totale des flux.

Aujourd'hui

Les paiements sont suivis par moyen (prélèvement, virement, carte).

Demain

La contribution devient plurielle : temps, compétences ou matériel sont reconnus au même titre que l'argent.

Aujourd'hui

La facturation est émise et envoyée automatiquement à échéance.

Demain

La contribution devient différable et régularisable : engagée maintenant, ajustée ou versée plus tard selon la réalité constatée.

Aujourd'hui

Le pilotage donne des indicateurs par cascade : occupation, contributions, factures en attente.

Demain

La redistribution devient un mécanisme actif : les surplus et déficits se mobilisent collectivement, cycle après cycle.

Aujourd'hui

Une cascade gère un lieu ou un projet, avec ses propres contributeurs et son propre objectif.

Demain

Les cascades se connectent en réseau : la part d'activité réseau finance directement plusieurs niveaux d'organisation, dont la fédération elle-même.

Cas d'usages

La logique Cascade appliquée à des contextes très différents

Chaque cas permet de mieux comprendre comment les logiques de contribution, de redistribution et de cycle s'appliquent, tout en mettant en évidence les avantages concrets par rapport à un système économique classique.
Objections courantes

Ce qu'on nous oppose souvent

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